• L'Europe au Vert

Les acteurs slovènes et roumains face aux enjeux de l'économie circulaire

Le 18 mars dernier, journée mondiale du recyclage, la Commission européenne entendait se saisir à bras le corps des questions d’économie circulaire et annonçait des initiatives sur « l'ensemble du cycle de vie des produits, depuis la conception et la fabrication jusqu'à la consommation, la réparation, le réemploi et le recyclage, qui permettent de ramener des ressources dans l'économie ». La mobilisation de l’industrie pour une économie propre et circulaire est l’un des 12 axes du Pacte vert pour l’Europe présenté en décembre 2019. L’objectif majeur est de faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre, en atteignant notamment la neutralité carbone d’ici 2050. Rappelons que l’industrie européenne représente aujourd’hui 20 % des émissions de l’Union et que 12 % des matériaux qu’elle utilise proviennent du recyclage.

10/08/2020

Le Centre Régional de traitement des déchets de Ljubljana est le plus moderne d'Europe ©RCERO

Cependant, sous ce concept, se manifestent des volontés plus ou moins ambitieuses de transition. Regards croisés des représentantes de l’économie circulaire en Slovénie et en Roumanie.


Le nombre d’organisations dédiées à l’économie circulaire, qu’elles soient nationales ou régionales, connaît une croissance exponentielle en Europe. Ce réseau naissant et hétéroclite est confronté au défi de démocratiser un concept qui questionne en profondeur nos façons de produire et de consommer. Les associations OREE et l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC) ont recensé ces organisations européennes dans une enquête inédite en France. Tour d’Europe des acteurs engagés pour une économie qui tourne plus rond.

Le concept Cradle-to-Cradle (ou « du berceau au berceau ») évolue depuis sa création en 1990. Sortir de la notion d’écologie industrielle pour développer une portée très large visant à faire évoluer les sociétés humaines pour in fine assurer leur pérennité. 

L’économie circulaire d’aujourd’hui est à la fois jeune de par son cadre fédérateur et vieille de par les concepts qu’elle englobe. Même si elle ne peut pas tout faire, tout prévoir et voir, elle semble l’une de rares solutions englobant une sorte de justice distributive conciliant le bien-être matériel des individus et leurs contraintes environnementales. Finalement, l’on parle de l’importance de dépasser la dimension purement économique pour y intégrer une dimension sociale, avec, dans le viseur, le consommateur qui prend sa dimension de citoyen. La transition énergétique et la croissance verte sont deux facteurs désormais inscrits dans la loi, mais qui servent trop souvent de manœuvre économique. La sensibilisation change d’un pays à l'autre. Le concept de« capitalisme conscient », proposé par JohnMackey, a finalement conduit à des opportunités pour les entreprises. 


Entretien avec Ladeja Godina Košir

Propos recueillis par Sonia Henry


Présidente de la plateforme des parties prenantes de l’économie circulaire européenne (ECESP),elle est fondatrice et directrice exécutive de Circular Change et co-directrice du groupe de recherche sur les systèmes d’économie circulaire au BCSSS.Conférencière et co-créatrice d’événements internationaux sur l’économie circulaire, elle a été finaliste du Circular Leadership Award 2018 (Davos WEF), reconnu comme le « moteur régional de la transition vers l’économie circulaire ». 


Depuis la promulgation du plan d'action pour l’économie circulaire en 2015, une nouvelle approche des entreprises et des politiques s’est répandue en Europe.  Comment utilisez-vous votre influence pour faire bouger les lignes ? 

Nous travaillons, comme une plateforme, à relier les « bons points », à établir des partenariats avec des organisations et des réseaux internationaux, à identifier les opportunités pour la Slovénie et la région adriatique, en donnant des moyens d’action aux pionniers de l’économie circulaire ainsi qu’en travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements – en se concentrant sur les processus de feuille de route de l’économie circulaire. En 2019, j’ai pris la parole lors de près de 50 événements dans 15 pays, ce qui m’a permis de mieux comprendre le contexte et la culture de chacun de ces pays.

L’un des fleurons de Circular Change est la conférence internationale sur le changement circulaire – qui en est déjà à sa cinquième édition cette année. Elle aura lieu à Bled, en Slovénie, le 1er septembre 2020, cette fois en partenariat avec la principale conférence régionale sur la politique étrangère, le Forum stratégique de Bled. 

Comment voyez-vous le rôle de la Plateforme européenne des acteurs de l’économie circulaire dans le processus de transition circulaire ? 


J’ai été élu présidente du groupe de coordination de la Plateforme pour l'année 2018 / 19 et pour la deuxième fois pour 2019 / 20. Notre programme se concentre sur la diffusion des bonnes pratiques, le renforcement de la communication entre les différentes institutions de l’UE, l’encouragement des représentants des pays de l’UE et au-delà, à échanger des connaissances et à co-créer des solutions circulaires. Dans le même temps, nous travaillons conjointement au renforcement de la voix de la société civile. Le Green Deal a mis en évidence l’importance de l’engagement des parties prenantes pour atteindre l’objectif ambitieux de devenir un continent neutre en carbone et je n’imagine guère de meilleur partenaire que la CEESP (Commission évaluation économique et de santé publique) pour mettre en relation les parties prenantes. Nous croyons fermement que le rôle de notre plateforme peut contribuer de manière significative à la mise en œuvre du Green Deal et du Plan d'action pour l’économie circulaire. 

Y a-t-il un effort de la part de l’État en matière de fiscalité pour permettre aux entrepreneurs slovènes en particulier d’expérimenter des modèles d’entreprises d’économie circulaire ? 


Il n’y a actuellement aucune politique fiscale spéciale visant à permettre le démarrage d’entreprises circulaires en Slovénie, mais le gouvernement a introduit plusieurs programmes de soutien aux petites entreprises, qui peuvent être utilisés pour introduire des pratiques d’économie circulaire. Parmi ceux-ci, on trouve les « bons circulaires » offerts par le Fonds slovène pour l’entrepreneuriat. Ils peuvent être utilisés pour financer de petits projets. Le gouvernement a également établi un partenariat stratégique de recherche et d’innovation pour l’économie circulaire, dont les tâches consistent à relier la recherche aux entreprises et à soutenir les chaînes de valeur innovante. 

L’Allemagne a fait figure de pionnier en 1994 en introduisant la loi sur la gestion des déchets dans un « cycle fermé des substances ». Aujourd’hui, le port de Rotterdam a récemment intégré le modèle circulaire dans son plan stratégique. Quelle pourrait être la réplique possible dans d’autres pays voisins moins engagés dans la transition ? 


Nous croyons fermement que si chaque pays a son propre contexte et ses propres défis, on peut apprendre beaucoup des exemples des autres, mais rien ne peut être simplement « copié ». Depuis l’année dernière, nous collaborons activement avec les pays des Balkans occidentaux, en particulier avec les gouvernements serbe et monténégrin, et les agences du PNUD qui opèrent dans ces deux pays. Notre objectif est de soutenir les acteurs locaux dans le processus de création d’une feuille de route nationale pour l’économie circulaire en utilisant notre propre expérience en Slovénie. Avec le nouveau plan d’action pour l’économie circulaire qui entrera en vigueur en 2020, notre vision est que chaque pays européen commence ce voyage, introduise un processus de feuille de route et plus tard un document de feuille de route pour l’économie circulaire suivi d’instruments économiques de soutien, de législation, d’incitations, etc. Nous croyons que l’économie circulaire est un projet qui devrait impliquer toutes les parties de l’Europe et qu’il est essentiel d'accélérer le rythme du transfert de connaissances, du financement et de la collaboration transfrontalière.


Quid de la Roumanie ?


Entretien avec le Dr. Elena-Simina Lakatos, Présidente de l'Institut pour l'Economie circulaire et l'environnement Ernest Lupan (IRCEM)

Les plans régionaux pour la transition énergétique mis en place restent-ils encore anecdotiques face aux enjeux

Nous sommes au début du chemin ! Seules quelques institutions ont autorisé des certifications ou des achats d’équipements permettant une approche durable ce qui implique des coûts importants auxquels nous ne sommes pas encore préparés.

Mais des types de partenariats associatifs et institutionnels ont été mis en place ces dernières années à travers les projets Erasmus. Dans ce cadre, nous avons repensé un parc dans les communes de Mihai Viteazu et de Moldovenești, en utilisant uniquement des matériaux recyclés ainsi qu’en impliquant les habitants pour la fabrication et la transformation des déchets en produits utiles à la communauté.



Vous travaillez à l'IRCEM, un institut non gouvernemental indépendant. Quels sont vos défis pour l'économie circulaire ?

Nous venons de proposer « une feuille de route pour le développement d'une stratégie pour l'économie circulaire en Roumanie 2020-2030 » dont les recherches seront terminées en fin d’année. Nous nous sommes concentrés dans ce projet sur huit axes dont les principaux sont l’eau et la gestion des ressources dans l’industrie agroalimentaire, manufacturière et le transport. Nous voulions impliquer activement autant de parties prenantes que possible dans l’établissement des points clés de cette stratégie. Nous avons donc invité des représentants du monde de l’entreprise, des universitaires, des ONG, du gouvernement et de la société civile à se joindre à nous dans cette entreprise.

À Cluj-Napoca, la Transylvanie accueille des rencontres européennes sur les enjeux du développement durable. Certaines régions sont-elles mieux à même de faire la transition

Les mécanismes pour une meilleure gouvernance sont plus actifs dans certaines régions et ils sont étroitement liés au volet développement local. Notre région représente l’un des centres universitaires les plus importants du pays, ce qui détermine un grand nombre d'innovations et d’activités dans le domaine de l’économie circulaire à Cluj-Napoca mais aussi à Bucarest, Timișoara et Lași.





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