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Des récifs artificiels, créateurs de vie en haute mer

C’est un budget de 4,5 millions d’euros qui est investi dans de nouvelles infrastructures biomimétiques au croisement de la biologie et de la technologie.


Par Sonia Henry

05/10/2020


Immersion du bloc artificiel, rade de Cherbourg. @P.Beuf


Depuis 2018 et jusqu’à avril 2022, une quarantaine d’ingénieurs, de biologistes et de constructeurs s’attaquent à ce chantier colossal financé par le Fonds Européens Interreg, transfrontalier avec l’Angleterre. Ici, la territorialité des fonds marins n’est pas exclusive. S’engage une collaboration qui navigue dans la baie de Cherbourg, surfe jusqu’à Southampton et dérive jusqu’à l’ile de White.

Six sites expérimentaux sont dédiés à des modules de digues immergées, à des rockpools et des habitats spécifiques comme ceux consacrés, par exemple, à la captation de modules de prismes d’huitres afin de réintroduire les huitres plates dans le Solent, un détroit dans la zone anglaise de la Manche.

‘Il s’agit ici de concevoir des infrastructures qui répondent respectivement aux enjeux environnementaux et économiques’ explique Mohamed Boutouil, directeur de la Recherche à l’ESITC de Caen. L’école supérieur assure la coordination et la gestion du projet en apportant l’expertise de son laboratoire dans le domaine des infrastructures marines et notamment des matériaux écoconçus et adaptés au milieu marin.

18 blocs lisses et rainurés ont été immergés lundi 20 septembre dernier. 3,6 tonnes par bloc armé de 5 anneaux de levage, une grue de 102 tonnes. L’impact carbone d’une telle immersion n’est pas anecdotique ici dans la baie de Cherbourg. Mais, ‘ grâce à un suivi en plongée 6 fois par an, on sait déjà que le rôle de protection et de création d’espèces sera effectif’ nous assure Pascal Claquin le biologiste chargé de cadrer la mission européenne. Ce protocole expérimental n’a pas pour seule vocation d’être un terrain de colonisation d’homards, de crabes, d’espèces opportuniste d’algues vertes, brunes et rouges. Il s’agit aussi de proposer une fonctionnalité, par exemple dans le cadre de projets éolien off-shore ou d’hydroliennes.

Un béton bas carbone qui permettrait « de réduire l'impact carbone de 60 % » par rapport à un béton classique. 

S’interroger sur la crédibilité d’un tel projet reste un réflexe car ici, qu’il soit biométrique ne change rien. C’est un financement dédié... au béton. Mais, poursuit Mohamed Boutouil ‘les techniques de construction ont pour objectifs de réaliser un béton le moins poreux possible pour limiter la pénétration des agents agressifs de l’eau de mer. Notre questionnement concerne davantage l’influence de la colonisation du béton et de la présence du biofilm sur sa durabilité : est-ce que le biofilm est protecteur ou est-ce qu’il participe à diminuer la durabilité ? Pour l’instant nous n’avons pas la réponse.’ En revanche, sa durabilité explique son succès. Il est ici formulé avec différents sédiments. Sa fonctionnalisation structurelle indique une bio pollinisation des organismes qui se fixent sur les substrats. Bientôt, ce type de projet sera une amorce pour standardiser les suivis et proposer à moyen terme une amélioration de l’état écologique des eaux d’au moins 15%.

Reste à savoir si augmenter la durabilité consistera à s’affranchir de maintenance ou si diminuer la maintenance serait augmenter les risques ? Il faudra un retour d’expérience pour apporter une réponse globale.

Les laboratoires de recherches de Caen, d’Ouistreham, de Bornemouth University et de l’University of Exeter travaillent conjointement et confrontent leur retour d’expérience. Seules les mises en eaux des blocs artificiels se font distinctement car le droit du travail et la législation ne sont pas les mêmes et empêchent un travail en commun en haute mer. Malgré certains blocages administratifs et législatifs, la coopération France Angleterre n’est pas la seule en Europe même si elle semble être leader dans toute la sous-région.

Baptiste Vivier, doctorant à l’université de Caen rattaché au laboratoire de Biologie des Organismes et Écosystèmes Aquatiques de Caen nous propose un tour d’Europe du projet européen Marineff Inter.

Tour d'Europe des projets d'immersion:

L’Europe du sud, à travers l’Espagne et l’Italie, était leader dans les années 80. Aujourd’hui la mer Noire accueille des projets avec la Grèce. En Europe du Nord, c’est au Danemark que les efforts se concentrent.

En Italie, des récifs artificiels ont été déployés dans la zone côtière du nord de la mer Adriatique par des associations locales de petits pêcheurs afin d'améliorer leur activité en créant des habitats appropriés pour les poissons et les macros invertébrés vivant sur les récifs et en favorisant le développement de populations sauvages de moules. Dans ce cas, les ensembles récifaux étaient composés de deux types de modules mixtes pour la protection, la production et l’aquaculture.

Ces récifs artificiels étaient généralement situés près de la côte et à faible profondeur (~ 10 m) pour faciliter la récolte des moules par les plongeurs professionnels.

Dans le sud-est de l’Espagne ( photo ci-dessous) des stratégies similaires ont été adoptées le long de sa côte méditerranéenne depuis la fin des années 1980 dans le but de créer des zones propices à la pêche sélective à petite échelle et de la protéger contre d'autres activités de pêche moins sélectives (chalutage et sennes), d'améliorer les communautés marines et de prévenir les conflits entre les pêcheries. Dans ce cas également, des modules de protection, de production et de mélange ont été utilisés et déplacés pour empêcher le chalutage, quel que soit son cours.


Observation d'un bloc artificiel, Cabo de Gata, au sud de la péninsule Ibérique


Un exemple de récif artificiel restauré nous vient du Danemark où les récifs de blocs caverneux naturels ont été largement exploités pour leur forte concentration, faciles à excaver et adaptés à la construction de défenses maritimes et de jetées portuaires. En 2008, l'Agence danoise des forêts et de la nature a construit le récif artificiel de Laeso Trindel (Kattegat) pour restaurer et maintenir l'habitat local des récifs de blocs caverneux, un site important pour la communauté européenne et désigné comme site Natura 2000 conformément à la directive européenne sur les habitats. Le projet a consisté à immerger environ 60 000 m3 de blocs rocheux de tailles et de poids divers.


Dans la mer noire, la Grèce a immergé quatre récifs artificiels polyvalents destinés à la protection et à la gestion des ressources marines. Les récifs, d'une superficie de 8 à 10 km2 chacun, sont constitués de différents modules en béton : des modules mixtes avec des blocs cubiques en béton munis de trous et déployés un par un sur le fond marin ou assemblés en pyramides, et des modules de production, tels que des briques de ciment encombrantes sur une base en béton et des tuyaux en béton assemblés en pyramides.


Sources :

General Fisheries Commission for the Mediterranean

Practical Guidelines for Artificial Reefs in the Mediterranean and Black Sea

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