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Le ciel, patrimoine immatériel de l’Europe

L’une des caractéristiques du 21ème siècle sera l’accélération de la conquête de l’espace, porteuse à la fois de défis et de solutions pour l’environnement.

Par Sonia Henry

27/07/2020

© Agence spatiale européenne (ESA)

On se représente souvent l’espace extra-atmosphérique comme un lieu immaculé, très largement épargné de toute pollution humaine ; il n’en est cependant rien. Les discussions entre scientifiques, industriels et institutions autour de la gestion commune de l'espace sont devenues un enjeu crucial pour préserver ce patrimoine fragile.

Le Droit de l’Environnement qui contribue à la définition du statut juridique de la Terre est complexe et divers. Il incorpore des éléments très anciens comme les principes du Droit de la Mer, remontant à plus d’un millénaire et d’autres beaucoup plus récents comme le principe pollueur payeur qui a émergé avec la multiplication des catastrophes liées à la pollution. 

Ce principe a été adopté par l’OCDE en 1972 en tant que principe économique visant l’imputation des coûts associés à la lutte contre la pollution. De nombreux instruments juridiques divers ont été élaborés, auxquels, s’ajoutent les conférences internationales, les sommets liés à l’Environnement, au changement climatique, qui sont de nature plus politique. Mais les applications en sont souvent entravées par la difficultéé de consensus entre États. Par ailleurs, des actes symboliques sont régulièrement posés. 

 

C’est le cas de la Charte de la Terre, la déclaration des Nations Unies dont l’idée date de 1987 et dont la rédaction s’est achevée en l’an 2000. Nathalie Meusy qui a créé l’activité de développement durable de l’ESA, aujourd’hui en charge de projets à la communication insiste sur ‘l’enjeu de cette Charte et sur les responsabilités que nous devons prendre les uns envers les autres en tant qu’habitants de la Terre.’ Elle ajoute ‘ nous formons en effet une seule humanité et une seule communauté partageant une destinée commune et nous devons parvenir à fonder une société mondiale durable, fondée sur le respect de la nature, les droits universels de l’être humain, la justice économique et une culture de la paix’.  Autre acte symbolique faire régulièrement le point sur l’état de notre planète, par exemple à l’occasion du « jour de la Terre » chaque 22 avril. Ce jour est aujourd’hui reconnu comme l’événement environnemental populaire le plus important au monde. Depuis 1970, il est célèbré par plus de 500 millions de personnes dans 184 pays. 

 

DE NOUVELLES OBSERVATIONS SATELLITAIRES POUR LE PACTE VERT EUROPEEN

 

Les observations par satellite sont essentielles pour comprendre l’état de notre planète et prédire son évolution. Les programmes d’Observation de la Terre de l’Agence spatiale européenne sont conçus pour prendre soin de notre maison commune, la Terre. 

 

Copernicus, le plus ambitieux programme d’observation au monde. 

Par Josef Aschbacher, directeur des programmes d’observation de la Terre de l’Agence spatiale européenne (ESA)

Conçu et géré en Europe, il s’appuie sur un ensemble cohérent et coordonné d’observations globales, fréquentes, et dont la disponibilité à long terme est assurée. Générant des informations et des services dans le domaine environnemental et de la sécurité, il permet de s’attaquer au défi climatique et aux situations d’urgence. La maitrise d’ouvrage du programme revient à la Commission européenne. L’Agence assure la maitrise d’œuvre de la composante spatiale, par le développement et la recette de satellites dédiés appelés Sentinelles, complétés par les données de satellites nationaux ou commerciaux, et enfin la gestion des opérations au sol. Copernicus génère des informations cruciales qui sous-tendent les rapports du GIEC : montée du niveau moyen des océans, mesures quantitatives de la décroissance de la banquise, changement dans l’occupation des sols. Il met en évidence comment les feux en Amazonie sont une conséquence de la déforestation et de l’écobuage non maitrisé. Sept Sentinelles sont déjà en orbite, et la huitième sera lancée dans le courant de l’année.Il sert des objectifs politiques fondamentaux, contribue à la mise en œuvre de conventions internationales comme l’Agenda 2030 de développement durable des Nations Unies, l’Accord de Paris sur le climat, et il sera capital pour la mise en œuvre du Pacte vert européen.Preuve de leur intérêt renouvelé pour l’Observation de la Terre, les ministres des Etats membres de l’Agence ont alloué en novembre dernier un budget record de 12,5 milliards d’euros, dont 1,8 pour le seul Copernicus, soit 400 millions en plus du budget demandé. Cela permettra d’étendre nos capacités d’observation pour mieux servir le Pacte vert européen dans 4 domaines.Dans le cadre de la stratégie 2030 pour la biodiversité, un satellite doté d’imageur hyper-spectral avec plus de 200 canaux permettra de discriminer les essences végétales, la productivité des écosystèmes et le stock de carbone, la répartition des espèces et pourra ainsi contribuer à atteindre les objectifs de la Convention d’Aichi sur la Biodiversité. Enfin, en vue d’une agriculture durable et résiliente, la mission de surveillance de la température de surface des terres répondra au besoin d’une gestion améliorée des ressources en eau, par le bais d’information sur le stress hydriques des cultures. Nous disposons ainsi d’un plan pour contribuer au Pacte vert européen. Cependant, les investissements consentis par les Etats membres de l’Agence doivent être abondés par un financement de l’Union. L’on ne peut qu’encourager les décideurs politiques à allouer une solide assise financière à notre succès commun Copernicus, et doter le programme spatial d’une enveloppe de 16,9 milliards d’euros, comme le propose le Parlement européen, porte-parole des citoyens. Une décision budgétaire courageuse et visionnaire, au-delà des économies de court terme est requise pour exploiter toutes les potentialités du programme.

 FOCUS   La Stratégie de l’Union pour l’Arctique à travers 3 types de satellites

  • Un altimètre topographique mesurera l’épaisseur de la banquise et la hauteur des glaces à terre à haute résolution pour quantifier les effets du changement climatiques dans l’Arctique, l’Antarctique et les glaciers ;

  • Un radiomètre imageur micro-ondes sera dédié à l’étude de l’étendue et la concentration de la glace de mer, ainsi que la température de surface des mers polaires ;

  • Un imageur radar à synthèse d’ouverture en bande L complètera les observations de l’imageur radar en bande C des Sentinelles-1, notamment pour la détection et la mesure des icebergs et des basses concentrations de glace de mer. 

 

Rencontre avec Niklas Nienaß

"L'espace est un bien commun de l'humanité et doit être utilisé
au profit de tous."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Niklas Nienaß est eurodéputé allemand de l’Alliance 90 / Les Verts qui siège au Parlement européen depuis juillet 2019.  Il est coordinateur du groupe au sein de la commission du développement régional et membre de la commission de la culture et de l'éducation, ainsi que de la commission des affaires constitutionnelles. En outre, Niklas Nienaß travaille sur les politiques spatiales.

Propos recueillis par Sonia Henry 

Quelles sont les principales tendances face aux enjeux des objectifs de développement durable ?

À l'heure actuelle, en politique européenne, on a plus tendance à dire qu'à faire. Sur la scène publique, les autres partis assurent leur soutien à la lutte contre le changement climatique. Mais derrière des portes closes, dans les négociations pour le financement concret de programmes ou le travail législatif proprement dit, ils jettent par-dessus bord ce qu'ils ont dit en public. Nous avons besoin de lignes directrices claires pour les entreprises et les commerces. Ces projets ont besoin d'un financement adéquat, car un beau projet sans financement ne vaut rien. C'est pourquoi l'Europe a besoin d'un financement d'au moins 1,3 % des revenus des États membres. Enfin, nous devons nous assurer que toutes les subventions versées par l'UE, qu'il s'agisse d'aides agricoles, de fonds régionaux, économiques et sociaux, etc. ne soutiennent pas les industries à forte intensité de combustibles fossiles ou d'émissions.

 

Le programme européen Copernicus de surveillance mondiale pour l'environnement et la sécurité semble intégrer de plus en plus les questions spatiales. Comment voyez-vous cette évolution ?

L'espace est un domaine dans lequel la collaboration internationale est cruciale. La combinaison de plusieurs sources de données améliore énormément les avantages pour les utilisateurs de données. La nécessité d'une coordination internationale apparaît clairement lorsque l'on examine l'évolution prévue des satellites en exploitation. Aujourd'hui, il y a environ 2 200 satellites en exploitation sur l'orbite inférieure (près de la terre), tandis que la société SpaceX a déjà reçu l'approbation pour le lancement de 12 000 nouveaux satellites dans les prochaines années. Le fait d'avoir plus d'objets dans l'espace signifie que nous aurons de plus en plus de problèmes avec les déchets. En effet, les satellites restent sur leur orbite une fois leur service terminé et souvent ils s'effondrent. Ils présentent un risque de collision. Les collisions, même avec un objet minuscule comme une vis, ont l'impact d'une grenade à main. Cela menace bien sûr les énormes investissements que les États ont consacrés au développement de leurs satellites. Ces questions concernent toutes les nations et l'humanité doit trouver des règles mondiales pour y faire face. Ainsi, nous avons besoin d'une collaboration internationale pour développer un système unifié de gestion du trafic spatial, un système de prévention des collisions et une agence qui s'occupe des déchets dans l'espace.

 

Comment l'espace peut-il contribuer au "Green Deal" ?

Des programmes comme Copernicus, EGNOS et Galileo peuvent être utilisés pour améliorer notre société - pour la rendre plus durable. Ils posent les bases de l'économie des ressources dans l'économie globale. Par exemple, nous pouvons utiliser les satellites EGNOS de l'UE pour améliorer la localisation des positions dans le secteur de la mobilité et de la logistique, et nous pouvons utiliser les satellites pour couvrir les zones rurales avec l'internet à haut débit. Combinés, ces deux éléments permettraient d'installer des solutions de transport public autonomes dans les zones rurales, ce qui pourrait améliorer considérablement la qualité de vie et réduire les émissions de gaz à effet de serre. En outre, la recherche liée aux activités spatiales conduit souvent à la mise au point de nouveaux produits et biens. Les perceuses à batterie portatives ont été développées à des fins spatiales, de même que les cellules solaires modernes que nous utilisons aujourd'hui pour la production d'énergie. Par conséquent, l'espace peut grandement améliorer notre vie quotidienne. Il est donc important de soutenir les missions spatiales scientifiques, qui peuvent contribuer à faire de l'accord vert une réussite.

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